Le roman
📕

Le roman

image

François, fils métis d’une mère française et d’un père béninois, grandit à Kinshasa dans les années qui suivent l’Indépendance. Quarante ans plus tard, devant le cercueil d’Édith, il prononce l’oraison funèbre d’une mère qui l’a mal aimé, et remonte le fleuve de sa propre histoire : le Congo devenu Zaïre, les silences de famille, la culpabilité d’être né.

Un extrait

Le début du roman – chapitre I.

Ma mère s’est suicidée il y a quelques jours : quatre-vingt-quatre ans. Combien de jours exactement, je ne sais pas. Je suis là, au premier rang, dans ce sinistre crématorium, à la même place que deux semaines plus tôt. Je le vois « sinistre », mais il n’y est pour rien, le pauvre. Au contraire, il fait tout pour rendre les choses « agréables ». Il est lumineux, sa musique est douce. Il diffuse une vidéo de nature apaisante : paysages de forêts, de vallées, de cours d’eau… filmés depuis un drone, saison après saison. Des images similaires à l’autre fois. La probabilité pour qu’une personne vienne à deux séances si rapprochées ! Lorsque le maître de cérémonie m’a accueilli, il y a quelques minutes à l’entrée du bâtiment, je n’aurais pas été surpris qu’il requît ma carte de fidélité. Au lieu de cela, il m’a tendu, empaquetées dans un petit sac en plastique opaque, la montre et l’alliance que portait ma mère. J’ai ouvert l’emballage : une montre automatique Alexis Barthelay des années 1970. Je l’ai posée à plat dans ma paume, en travers de ma ligne de vie. J’ai scruté l’heure machinalement. Le boîtier en plastique blanc, de forme ovale, est un peu jauni, mais pas de manière uniforme, ce qui lui confère un teint ivoiré. Posé dessus, le verre de plexiglas, bombé en coupole, donne à l’ensemble, de profil, l’allure d’une soucoupe volante. Sa surface présente en différents endroits quelques éraflures anciennes et un léger éclat, comme une cicatrice, du côté de la couronne. Le cadran, rond, est d’un noir métallique ; le parcours du temps y est délimité par un fin trait lilial circulaire, à un millimètre et demi du bord – au-delà, c’est l’infini vertige du vide… et aussi l’éternité. Pas de chiffres, seulement les index, blancs. Le bracelet étroit, en plastique, de couleur identique au boîtier, imite la peau de serpent, mais sans idée de réalisme, en clin d’œil plutôt, comme si cette montre savait déjà qu’un jour elle deviendrait vintage. À l’endroit de l’attache, une bande grisée en transversale trahit les fermetures multiples… ou la nervosité. J’ignore pourquoi, je m’attendais à ce que s’affiche l’heure du décès : 1 h 15. Mais non, la montre avait continué de trotter, insouciante, de sa longue et fine aiguille rubis, jusqu’à tomber à court d’énergie cinétique, figée dans le non-dit. Il suffirait que je la secoue un peu pour l’aider à repartir. Peut-on relancer un battement qui a cessé depuis longtemps ? Je ne le tenterai pas. Je préfère qu’elle reste immobile et muette. Je n’ai pas l’envie de remonter le temps.

Les lectures

Face à l’océan.
Ce qui reste d’une vie.
Je voulais devenir pilote.

Ce qu’en disent les lecteurs

Depuis la parution numérique, en mars 2026 – extraits d’avis publiés sur Amazon, Babelio, Instagram et TikTok.

L’écriture est ciselée au scalpel, les descriptions psychologiques sont d’une justesse impressionnante et l’évocation des sentiments d’une poésie touchante, tout en restant pudique. Anne D., Amazon, avril 2026.

Sa construction est particulièrement réussie : à partir d’un moment présent, les obsèques, le récit remonte progressivement le fil de la mémoire, sans jamais nous perdre. phildi, Amazon, avril 2026.

J’ai ressenti cette bouffée spéciale d’air chaud et humide à la sortie de la porte d’avion qui nous connecte, enfants expatriés… Christine D., Amazon, juin 2026.

Un roman pudique et bouleversant, où le pardon n’est ni simple ni immédiat, mais peut-être nécessaire pour avancer. familynormandie, TikTok.

Quatre autres avis

Où le trouver

Broché, 398 pages, 22 €. Ebook, 7,99 €.

En librairie. En ligne, sur Amazon et à la Fnac.