Le pays du roman a changé trois fois de nom en un siècle. Domaine privé d’un roi, colonie d’un royaume, république deux fois rebaptisée : l’histoire du Congo est une histoire de noms – et de ce qu’ils recouvrent. Voici les repères pour traverser le livre.
Repères chronologiques
1885 – La conférence de Berlin attribue le bassin du Congo à Léopold II : naissance de l’État indépendant du Congo, propriété personnelle du roi.
1908 – Le scandale du caoutchouc rouge contraint Léopold II à céder « son » Congo à la Belgique : le Congo belge.
1960 – Le 30 juin, l’Indépendance. Cinq jours plus tard, la mutinerie ; puis les sécessions et la crise congolaise.
1961 – Assassinat de Patrice Lumumba.
1965 – Coup d’État de Mobutu, un an jour pour jour après l’opération Dragon rouge.
1971 – Le pays, le fleuve et la monnaie deviennent le Zaïre : l’Authenticité.
1973 – La zaïrianisation : les biens des étrangers passent aux Zaïrois.
1974 – The Rumble in the Jungle : Kinshasa, capitale du monde pour une nuit.
1997 – Chute de Mobutu ; le Zaïre redevient le Congo.
🏛️ L’Histoire
Conférence de 1884-1885 où les puissances européennes fixent les règles du partage de l’Afrique.
Intervention belgo-américaine du 24 novembre 1964 pour libérer les otages de Stanleyville.
Rébellion armée (1963-1965) menée notamment par Pierre Mulele, Antoine Gizenga et Christophe Gbenye, qui contrôle un temps l’est du pays depuis Stanleyville et se présente comme une « seconde indépendance » contre le pouvoir central.
Soulèvement du Kwilu, en 1931, contre l’impôt et les cadences des Huileries du Congo belge, écrasé par la Force publique.
👤 Les figures
(1942-2016). Boxeur américain, trois fois champion du monde des poids lourds. Le 30 octobre 1974, au stade du 20-Mai, porté par toute une ville, il reprend son titre face à Foreman.
Agent territorial belge (1890-1931), tué à Kilamba au début de la révolte des Pende.
(1864-1916). Consul britannique chargé d’enquêter sur les exactions dans l’État indépendant du Congo ; son rapport de 1904 confirme l’ampleur des violences et alimente la campagne internationale contre le régime léopoldien.
(v. 1597-1660). Peintre néerlandais du Siècle d’or, spécialisé dans les natures mortes et particulièrement les vanités.
Romancier anglais d’origine polonaise (1857-1924), qui remonta le fleuve en 1890 et en tira Au cœur des ténèbres.
François Duvalier, « Papa Doc » (1907-1971), médecin devenu dictateur d’Haïti, président à vie servi par les Tontons Macoutes.
(v. 1504-1550). Seizième oba (roi) du royaume du Bénin, fils d’Ozolua et de la reine mère Idia.
(1949-2025). Boxeur américain, champion olympique puis champion du monde des lourds, invaincu jusqu’au soir de Kinshasa. Le meilleur puncheur de son temps, tombé du sommet au huitième round.
(1927-2015). Syndicaliste et ministre du gouvernement Lumumba devenu l’un des principaux chefs politiques de la rébellion Simba (1964-1965). Président autoproclamé de l’État rebelle qu’il nomme République populaire du Congo.
(1831-1881). Militaire et explorateur italien, au service de l’Empire ottoman puis de l’Égypte.
Ernesto « Che » Guevara (1928-1967), guérillero argentin de la révolution cubaine ; il passa sept mois de 1965 dans l’Est congolais.
(1926-1966). Journaliste et homme politique congolais, ancien ministre des Affaires étrangères du Katanga sécessionniste, puis bref Premier ministre du Congo en 1965. Il est pendu publiquement en 1966, accusé de complot contre le régime de Mobutu.
(1887-1951). Prédicateur congolais fondateur en 1921 d’un mouvement religieux qui donnera naissance au kimbanguisme. Accusé de menacer l’ordre colonial par ses prêches et ses guérisons, il est condamné par un tribunal militaire et meurt après près de trente ans de détention à Élisabethville.
(1913-1994). Diplomate français, ambassadeur de France au Congo-Léopoldville de 1963 à 1968.
(1925-1961). Artisan de l’indépendance congolaise, premier chef du gouvernement du pays.
(1914-1948). Aristocrate britannique, fascinée par le nazisme, proche d’Adolf Hitler et militante du British Union of Fascists.
(1929-1968). Ministre de l’Éducation de Lumumba et chef de la rébellion du Kwilu (1963-1965). Influencé par le maoïsme, il mène une guérilla paysanne contre le pouvoir central avant d’être atrocement torturé et exécuté sous Mobutu.
(1936-2020). Diplomate belge, consul à Stanleyville lors de la rébellion Simba, pris en otage puis libéré lors de l’Opération Dragon Rouge.
Le dernier oba indépendant du Bénin (règne 1888-1897), déposé par l’expédition britannique et mort en exil.
Chef coutumier congolais, connu dans l’histoire coloniale pour son rôle dans les résistances locales à l’autorité des Européens.
(1918-1975). Premier président du Tchad indépendant, au pouvoir de 1960 à son assassinat lors d’un coup d’État en 1975.
📌 Les lieux
En l’honneur du roi des Belges Albert Ier, ancien nom de Kalemie, ville de la province du Tanganyika, jusqu’en 1971.
L’athénée royal de Kalina, lycée de la ville européenne, célèbre pour sa piscine ; aujourd’hui l’Institut de la Gombe.
Rue du quartier de la Gombe, à deux pas du boulevard du 30 Juin, baptisée d’après l’arbre aux fleurs de feu.
Rue du quartier de la Gombe, proche du fleuve, où s’installa en 1964 la première école française de Kinshasa.
Petit port atlantique du Kongo Central, à l’embouchure du fleuve Congo. L’un des plus anciens comptoirs côtiers, utilisé dès le XIXᵉ siècle comme point de transit du commerce, puis comme débouché maritime de la RN1.
Anciennement Banningville. Ville portuaire au confluent du Kwango et du Kwilu, chef-lieu de la province du Kwilu. Point de passage important sur le réseau fluvial reliant l’intérieur du pays à Kinshasa.
Ville portuaire du Kongo Central, sur la rive du fleuve Congo ; elle fut capitale de l’État indépendant du Congo puis du Congo belge de 1886 à 1929.
Grande artère de Kinshasa, tracée à l’époque coloniale (anciennement boulevard Albert Ier), qui relie la gare centrale à la baie de Ngaliema, en traversant le quartier administratif et d’affaires de la Gombe. Rebaptisé en hommage à la date de l’indépendance (30 juin 1960), il est l’axe symbolique du centre-ville.
Grande artère de Kinshasa (ancienne route de Kenge) reliant la cité à l’est de la ville, en direction de l’aéroport de Ndjili et de la route du Bandundu ; elle porte le nom de Patrice Lumumba depuis les années 1960.
Fleuve d’Afrique centrale. Pays qu’il traverse et nomme, aux frontières et aux noms changeants.
Nom de Mbandaka jusqu’en 1966, ville de l’Équateur sur le fleuve Congo. Nom en hommage à l’administrateur belge Camille-Aimé Coquilhat avant de retrouver un nom africain après l’indépendance.
Nom de Bukavu entre 1927 et 1953, en hommage au vice-gouverneur général Paul Costermans.
Nom de Lubumbashi jusqu’en 1966, baptisée ainsi en l’honneur de la reine Élisabeth de Belgique.
Pays de la Corne de l’Afrique, sur la mer Rouge, colonie italienne à partir de 1890, puis rattachée à l’Éthiopie avant de devenir indépendante en 1993.
Commune centrale de Kinshasa (anciennement Kalina), quartier administratif et résidentiel. Sous la colonisation, c’est le quartier européen par excellence. C’est aussi le nom d’une rivière de Kinshasa, affluent du Congo.
Le grand hôtel de Kinshasa, tour dressée sur la Gombe et inaugurée en 1971 ; aujourd’hui Pullman Grand Hôtel.
Chef-lieu de la province du Kwango, située sur la RN1 à 264 km à l’est de Kinshasa. Elle marque une étape sur l’axe routier qui mène vers Kikwit.
Capitale de la République démocratique du Congo, et du pays sous chacun de ses noms depuis la colonie, sur la rive gauche du fleuve. Anciennement Léopoldville.
Région de l’est du Congo bordant le lac Kivu, éclatée sous Mobutu en Nord-Kivu et Sud-Kivu. Zone de montagnes et de lacs, elle est à la fois un paysage de grande beauté et un foyer récurrent de rébellions, de guerres et de déplacements de populations.
Province de l’ouest de la RDC, dont le chef-lieu est Bandundu ; elle tire son nom de la rivière Kwilu, important affluent du Kasaï qui traverse la région en reliant de nombreuses petites villes.
Nom colonial de la ville aujourd’hui appelée Lusanga, fondée comme cité de plantation et centre des Huileries du Congo belge, dans la province du Kwilu.
Ville minière du Haut-Katanga, anciennement Jadotville, située à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Lubumbashi. Fondée au début du XXᵉ siècle autour des gisements de cuivre et de cobalt.
Anciennement Élisabethville. Grande ville du sud-est de la RDC, deuxième ville du pays et centre industriel du Katanga minier (cuivre, cobalt).
Anciennement Leverville. Ville de la province du Kwilu, ancienne cité de plantation des Huileries du Congo belge.
Rivière de la cuvette centrale congolaise, affluent du Lulonga puis du fleuve Congo, qui traverse une vaste région de forêts et de postes isolés. Dans l’imaginaire colonial, Maringa évoque les stations lointaines, les concessions et les missions perdues au cœur de la forêt.
Ville de la province du Kwilu en RDC, chef-lieu du territoire du même nom, située le long de la RN1 entre Kenge et Kikwit.
Ville portuaire de l’ouest du Congo, sur le fleuve Congo, proche de l’embouchure atlantique. Terminus du chemin de fer venant de l’intérieur, c’est le grand port historique d’exportation des matières premières.
Commune populaire de Kinshasa, au sud du boulevard Lumumba, devenue un important pôle urbain et commercial. Elle est notamment connue pour son grand marché et pour être un nœud de transports (gare routière, départ de nombreuses lignes de bus et minibus).
Ville côtière du Kongo Central, sur l’Atlantique, près de l’embouchure du fleuve Congo et de Banana ; ses longues plages de sable en font le rivage balnéaire du pays. Aussi écrite Muanda.
Commune du sud de Kinshasa, en zone de collines, à la limite du Kongo Central. Quartier urbano-rural, mêlant parcelles agricoles et nouveaux lotissements.
Fondé en 1953, aéroport international de Kinshasa, situé à l’est de la ville, sur la commune de la Nsele, et relié au centre par le boulevard Lumumba. Porte d’entrée et de sortie du Congo/Zaïre, il porte le nom de la rivière Ndjili voisine.
Commune populaire du sud de Kinshasa, aménagée dans la zone des collines. Créée comme commune de Léopoldville en 1957, elle se densifie rapidement et reste marquée par un habitat modeste.
Parc national de l’est du Congo, créé en 1925 (alors parc Albert), considéré comme le plus ancien parc national d’Afrique. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, il s’étend des rives du lac Édouard aux pentes des volcans des Virunga.
Nom porté par le pays de 1964 à 1971, puis de nouveau depuis 1997. Souvent abrégé en RDC. Voir Congo.
Route nationale 1. Grand axe routier est-ouest qui relie Banana et Matadi à Kinshasa, puis Kenge, Kikwit, Kananga, Mbuji-Mayi et Lubumbashi, avant de se prolonger jusqu’à Sakania, à la frontière zambienne, sur 3 087 km au total.
Chaîne de montagnes à la frontière entre la RDC et l’Ouganda. Ses sommets culminent à plus de 5 000 mètres.
Mine du Katanga, près de Likasi, d’où sortit l’uranium de la bombe d’Hiroshima ; fermée officiellement en 1960.
Grand stade de Kinshasa, inauguré en 1952 sous le nom de stade Roi-Baudouin, rebaptisé stade du 20-Mai en 1967 en référence à la date de création du MPR, puis stade Tata-Raphaël en 1997. Il est notamment célèbre pour avoir accueilli en 1974 le combat de boxe « The Rumble in the Jungle » entre Mohamed Ali et George Foreman.
🪘 Peuples & langues
Ensemble de groupes installés le long du fleuve Congo et de ses affluents, formant un large ensemble linguistique et culturel aujourd’hui en grande partie lingalaphone.
Grand peuple d’Afrique de l’Ouest, installé autour de Benin City (actuel État d’Edo, Nigeria), fondateur du royaume du Bénin, célèbre pour ses bronzes et son art de cour.
Peuple d’Afrique centrale installé dans le nord-est de la République démocratique du Congo (Haut-Uele), parlant une langue de la famille soudanique centrale. Ils sont réputés pour leur pratique ancienne de l’allongement du crâne.
Peuple nilotique semi-nomade d’Afrique de l’Est. Pasteurs de bovins, ils sont connus pour leur culture guerrière très marquée.
Peuple bantou vivant surtout dans les régions actuelles du Kwilu, du Kwango et du Kasaï, connu pour une grande révolte contre l’administration coloniale en 1931.
🌍 Le Congo à Paris
Le pays du roman a aussi ses comptoirs à Paris : épiceries, restaurants et boutiques de wax, de Château-Rouge à la proche banlieue. Les bonnes adresses, rubrique par rubrique.
🌍Le Congo à ParisLes livres derrière ces repères : La bibliothèque, dans Les coulisses.