Conrad Joseph

Conrad Joseph

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XXXV

Romancier anglais d’origine polonaise (1857-1924), qui remonta le fleuve en 1890 et en tira le roman Au cœur des ténèbres.

Józef Teodor Konrad Korzeniowski, marin polonais devenu sujet britannique, a trente-trois ans quand la Société anonyme belge pour le commerce du Haut-Congo l’engage, en 1890, afin de commander un vapeur sur le fleuve. Il débarque à Boma le 12 juin, gagne Matadi, où il rencontre un jeune Irlandais nommé Roger Casement, puis marche un mois jusqu’à Léopoldville, puisque les rapides interdisent le fleuve. Il tient le journal de cette marche : un squelette attaché à un poteau, une tombe de Blanc sans nom. Le vapeur qu’on lui destinait, le Florida, est hors d’usage ; il embarque en second sur le Roi des Belges, sous un capitaine danois, et remonte jusqu’aux chutes de Stanleyville. Au retour, le capitaine tombe malade et c’est Conrad qui tient la barre, avec à bord un agent mourant, Klein, qui deviendra Kurtz dans le roman. Il n’aura jamais son commandement : il résilie son contrat et rentre en Europe en décembre, rongé par la dysenterie. Il ne reverra jamais l’Afrique, mais l’Afrique ne le quittera plus.

Neuf ans plus tard, Heart of Darkness paraît en feuilleton dans le Blackwood’s Magazine : Marlow remonte un fleuve sans nom vers Kurtz, l’agent qui a fait de l’ivoire un dieu et de lui-même un autre. Le livre ne nomme ni le Congo ni Léopold II, et tout le monde les reconnaît. Conrad dira plus tard de l’entreprise léopoldienne qu’elle fut la plus vile ruée au butin qui ait jamais défiguré la conscience humaine ; Casement, lui, écrira le rapport de 1903. Les deux hommes de Matadi auront chacun porté leur coup. Le livre arrive en français fin 1924, l’année de la mort de Conrad, dans le numéro d’hommage de la NRF, traduit par André Ruyters sous un titre encore hésitant, Cœur de ténèbres, avant de devenir Au cœur des ténèbres.

Dans le roman

— Et je notais le butin de la journée dans un registre. Quand j’avais deux cents kilos, je les faisais embarquer sur le steamer d’Holmgren, un Suédois qui avait navigué avec Joseph Conrad. On signait tous les deux le bordereau, ratifié d’une bonne bouteille. Une poignée de main et ma mission s’arrêtait là. » Chap. XXXV.

« Ensuite, la longue file des porteurs… jusqu’à cent hommes… encadrés par mes askaris. Trois jours… quatre, en cas de pluie. Les défenses attachées avec des lianes en travers des épaules. J’ai perdu plus de porteurs que d’éléphants, t’sais : dysenterie, désertions, rébellions… Vous voyez ce que je veux dire… » Chap. XXXV.

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Joseph Conrad en 1904. Photo : George Charles Beresford.
Joseph Conrad en 1904. Photo : George Charles Beresford.
Le
Le steamer Roi des Belges, sur lequel a navigué Joseph Conrad. Photo anonyme.