Le contrebandier

Le contrebandier

Artiste

Édith Piaf

Année
1936
Registre
Chanson française
Chapitre

XXXV

Six chansons de cette soirée sont nommées. Celle-ci ne l’est pas. Elle entre par un vers, sans papiers, et son titre – jamais prononcé – désigne exactement ce qu’elle vient de faire. Quelques pages plus tôt, Barlow avait résumé le système en deux mots d’anglais : corruption and smuggling.

Le sillon accroche pendant l’inventaire de la charogne : les mouches d’abord, puis les fourmis légionnaires dans les plaies, les vautours, les hyènes la nuit, et au bout de quatre jours plus rien qu’une peau racornie et le silence des os. C’est là que le diamant bute. À coup d’fusil pour en finir. À coup d’fusil pour en finir. À coup…

La rayure est le seul commentaire du chapitre. Des années de chasse tiennent dans ce bégaiement : un même geste répété jusqu’à l’épuisement d’une espèce, et une machine incapable d’avancer. La phrase, du reste, ne finit pas. Pour en finir est précisément ce qui échoue : ni le disque ni la carcasse n’en viennent à bout.

Et le narrateur enchaîne, sans transition : il avait cru que ces histoires glisseraient sur lui comme l’eau sur les pierres du fleuve, et elles se sont enkystées dans ses nuits d’enfant, ses rêves d’adolescent, ses silences d’adulte. Un sillon rayé et une mémoire qui achoppe sont le même objet. La platine fait à voix haute, ce soir-là, ce que lui fera en silence pendant quarante ans.

Dans le roman

À coup d’fusil pour en finir. À coup d’fusil pour en finir. À coup… Le disque était rayé. Chap. XXXV.

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