Bimoteur de transport américain de la Seconde Guerre mondiale, reconverti après-guerre en cargo des lignes africaines.
Conçu comme avion de ligne de haute altitude, le C-46 Commando devient pendant la guerre la bête de somme du transport allié : c’est lui qui franchit l’Himalaya, « The Hump », pour ravitailler la Chine, avec deux fois la charge d’un DC-3 et des surnoms sans tendresse, « la Baleine », « la Calamité de Curtiss ». La paix venue, les surplus se dispersent sur les lignes cargo des Amériques et d’Afrique, où sa soute avale tout ce qu’on lui présente. Rustique, surchargé, réparé sans fin, il a porté le fret congolais des années soixante, bêtes vivantes comprises.
Dans le roman
Uniforme flambant neuf sur le dos, Robert accomplit son premier vol commercial en tant que copilote en mai 1968 : un Kinshasa-Kisangani (1 200 km), sur Curtiss C-46, un bimoteur à hélices utilisé pour le transport militaire durant la Seconde Guerre mondiale. À l’aller, tout se passa bien dans l’avion immatriculé 9Q-CZF : le temps étalait son calme, la vue poussait loin. On déchargea, on rechargea. Mais sur le retour, après une heure de trajet, l’un des deux moteurs tomba en panne. La sagesse conseillait d’atterrir d’urgence sur un petit terrain d’Ikela censé se trouver dans les parages. Incapable de le localiser, le novice qu’était Robert se fit copieusement insulter par le commandant de bord : « You, fucking co-pilot, you know nothing about aviation ! » Il ne restait plus qu’à faire demi-tour pour se poser à nouveau à Kisangani. Comble de malchance, une crampe mordit le captain à la jambe, en pleine approche. Se sentant inapte, en raison de son inexpérience, à mener à bien un atterrissage en surcharge avec une hélice en drapeau, Robert s’agenouilla et entreprit, faute de mieux, de masser, de ses mains moites, le mollet de son chef. Celui-ci, heureusement, récupéra l’usage de son membre in extremis, sauvant l’avion et son équipage d’un trop rude contact avec le sol. Chap. III.
Congofrigo transportait tous types de marchandises : des fruits et légumes, de l’outillage, de la viande… et même des animaux vivants : des crocodiles à la gueule scellée de solides brins d’herbe, des singes stressés par la stridence des moteurs, des lions nonchalants et blasés, un jeune éléphant blessé… une fois, un couple de guépards que le chef d’État tchadien François Tombalbaye offrait au président Mobutu. Chap. III.
Robert, ex-CDB DC10, est parti pour son dernier vol jeudi. Il avait commencé sa carrière à Congofrigo sur Curtiss C46, puis Air Congo, Air Zaïre, sur DC4, Fokker 27, B737 et DC10. EAS sur Caravelle, et AOM jusqu’à sa retraite en 1999. Chap. VIII.
