Journée ou demi-journée de travail collectif obligatoire d’intérêt général, instaurée sous Mobutu : nettoyage des rues, entretien des espaces publics, travaux de village, imposés aux habitants au nom de la « révolution » et de l’« authenticité ».
Le mot salongo vient du lingala du travail. À partir de 1973, le régime en fait un rendez-vous hebdomadaire : quelques heures dues à la collectivité, balayer les rues, curer les caniveaux, cultiver un champ communal, en équipes formées par les autorités de quartier ; l’absence peut valoir de un à six mois de prison, et chaque fin de semaine, la télévision montre Mobutu, manches retroussées et sourire aux lèvres, s’y adonner une demi-minute. Présenté comme un retour à la solidarité des villages, le salongo réveille surtout la mémoire des travaux forcés, et les Zaïrois s’y dérobent autant qu’ils peuvent. Jamais aboli par un texte, le rituel s’éteint avec le régime, ne survivant que de nom dans les campagnes de propreté qui se succèdent ; Kinshasa le ressuscite en 2019, un samedi obligatoire par mois, puis le redécrète chaque samedi en 2025. Un demi-siècle après, le mot d’ordre n’a pas pris une ride. Depuis février 1972, le mot s’étale aussi chaque matin aux devantures : c’est le Salongo des kiosques, le quotidien de Kinshasa.
Dans le roman
— Non… Ange ne s’est pas pointé. Ce n’est pourtant pas jour de salongo… Chap. XLIII.
Sur le boulevard du 30 juin, un grand panneau le montrait [Mobutu], coiffé de son éternelle toque en léopard, en train de remonter avec application une manche de sa chemise, sous un slogan tracé en grosses lettres capitales : « Salongo, devoir civique ! » Cela expliquait cette activité dans les rues. C’était jour de salongo. Tous les samedis matin, depuis 73, chaque Zaïrois devait consacrer quelques heures à une activité d’intérêt collectif : balayer les rues, curer les caniveaux, réparer une palissade, etc. Les autorités locales organisaient les équipes. Les absents pouvaient être arrêtés. Chaque début de week-end, sur Télé-Zaïre, Mobutu s’adonnait au salongo, manches retroussées, sourire aux lèvres, pendant moins de trente secondes. Le salongo n’était ni plus ni moins qu’une corvée obligatoire habillée en patriotisme. Le pays n’en avait pas terminé avec le travail forcé. Chap. LIV.
