Mobutu

Mobutu

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(1930-1997). Maître absolu du Congo/Zaïre pendant plus de trente ans.

Sergent-comptable de la Force publique devenu journaliste, Joseph-Désiré Mobutu se lie à Patrice Lumumba, qui le nomme chef d’état-major de la nouvelle armée en juillet 1960. Deux mois plus tard, l’élève « neutralise » son mentor : premier coup d’État, qui finira par livrer Lumumba à ses bourreaux. À l’occasion du second coup d’État, le 24 novembre 1965, Mobutu dépose le président Joseph Kasa-Vubu et s’arroge tout le pouvoir. L’ascension militaire suit la politique : colonel, puis général, puis commandant suprême, il se fera élever, au début des années 1980, à la dignité de maréchal du Zaïre.

Le pouvoir se confond avec sa personne. Le Mouvement Populaire de la Révolution, parti unique dès 1967, devient « l’institution suprême » de la nation ; la constitution de 1974 érige le mobutisme en idéologie d’État. Il rebaptise le pays Zaïre en 1971, se rebaptise lui-même Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa za Banga en 1972, impose l’Authenticité : l’abacost pour les cadres, le salongo pour tous, « citoyen » et « citoyenne » en guise de monsieur et madame. Le culte est total : « Père de la Nation », « Guide clairvoyant », toque en peau de léopard, effigie omniprésente, télévision entière à sa gloire.

L’économie est un butin. La zaïrianisation de 1973 remet les entreprises étrangères « aux bons soins » des fidèles ; la démonétisation de décembre 1979 anéantit du jour au lendemain l’épargne en billets ; l’inflation fait le reste. Pendant que le pays s’enfonce, la fortune présidentielle se compte en milliards, entre le palais de Gbadolite, taillé dans la forêt équatoriale, et le yacht Kamanyola qui descend le fleuve.

Sur l’échiquier de la guerre froide, il est le rempart anticommuniste choyé de Washington, Paris et Bruxelles : ses parrains le sauvent lors des guerres du Shaba (Kolwezi, 1978), et il soutient en retour les mouvements angolais FNLA puis UNITA contre le MPLA marxiste, pendant que l’Angola en guerre déverse ses réfugiés sur le sol zaïrois. Quand la guerre froide s’achève, les parrains se retirent : multipartisme concédé en 1990, transition enlisée, et en 1997 la rébellion de Laurent-Désiré Kabila balaie le régime. Mobutu meurt en exil à Rabat quelques mois plus tard.

Dans le roman

Le dictateur, vêtu de son fameux abacost – ce costume à manches courtes qu’il avait imposé chez les cadres du régime –, profitait de ce retour à « l’authenticité » pour nationaliser et confisquer à tout va les biens des étrangers. Chap. XXIII.

L’acmé du séjour fut néanmoins le face-à-face avec un léopard, l’animal-totem du pays. Mobutu portait toujours un calot confectionné dans sa peau. Chap. XXIV.

Jusqu’à ce que Mobutu mette tout le monde d’accord par un coup d’État, un an jour pour jour après Dragon rouge. Chap. XLVII.

Et pour cause : la morne télévision zaïroise diffusait surtout à la gloire de Mobutu, Père de la Nation. Chap. LI.

Archives

Le président Mobutu interviewé par la RTBF en 1966.