Mine du Katanga, près de Likasi, d’où sortit l’uranium de la bombe d’Hiroshima ; fermée officiellement en 1960.
En 1915, un major de l’Union minière, Robert Sharp, ramasse sur une colline du Katanga un minerai jaune qui ne vaut rien pour le cuivre. C’est de la pechblende, et elle est d’une richesse que la Terre n’a donnée nulle part ailleurs : jusqu’à 65 % d’uranium, quand le minerai canadien en contient 0,02 %. On en tire d’abord du radium, raffiné à Olen, qui fait de la Belgique le premier producteur mondial entre les deux guerres. L’uranium, lui, ne sert qu’à teinter le verre et la céramique : en 1937, la compagnie en a trente ans de stock et ferme la mine.
Dès 1939, Edgar Sengier, qui dirige l’Union minière et écoute ce que murmurent les physiciens, fait expédier plus d’un millier de tonnes de minerai dans un entrepôt de Staten Island, à New York. En septembre 1942, un officier du projet Manhattan vient lui demander si sa compagnie pourrait fournir de l’uranium ; Sengier lui répond que le minerai est déjà à New York et qu’il attendait sa visite. Les deux tiers de l’uranium du projet viendront de Shinkolobwe. La bombe d’Hiroshima est faite de cet uranium ; celle de Nagasaki, du plutonium sorti de réacteurs qu’il a nourris.
La mine ferme officiellement en 1960, scellée sous le béton, gardée par l’armée jusqu’à la chute de Mobutu en 1997, déclarée zone interdite par décret en 2004. Les creuseurs clandestins n’ont jamais cessé d’y descendre. Une colline qui a changé le monde, et que le monde ne sait pas nommer.
Dans le roman
— Vous avez entendu parler de Shinkolobwe ? — Je croyais qu’elle avait été officiellement fermée justement en 1960 ? — Officiellement, oui… Officieusement, elle continuait de digérer ses morts. Des milliers… des centaines de milliers : c’est son uranium qui a flashé Nagasaki et Hiroshima. Il se servit un verre de gin sans glaçons. — Une mine perdue dans la brousse, mais qui valait tous les palais du monde, pourquoi la cadenasser ? L’uranium le plus pur de la Terre… Les Américains se servaient comme au marché de Noël. L’uranium ne brille pas comme le diamant : il irradie. Il n’est pas la richesse, il est le pouvoir. » Chap. LII.
