(1835-1909). Roi des Belges, propriétaire personnel de l’État indépendant du Congo.
Deuxième roi des Belges, fils de Léopold Ier et petit-fils, par sa mère, de Louis-Philippe, roi des Français, il règne de 1865 à 1909. La Belgique le connaît en « Roi Bâtisseur » : gares, musées, parcs, arcades d’Ostende, serres de Laeken – des chantiers que financera bientôt le Congo. Car son obsession est coloniale, et son pays n’en veut pas : il agira donc seul.
La manœuvre est patiente. Dès 1876, il fonde l’Association internationale africaine, paravent philanthropique ; puis il engage l’explorateur Henry Morton Stanley, qui établit entre 1879 et 1884 les stations du fleuve et fait signer des centaines de traités aux chefs locaux. À la Conférence de Berlin, les puissances reconnaissent son entreprise : l’État indépendant du Congo est proclamé en 1885 – un territoire près de quatre-vingts fois plus grand que la Belgique, propriété personnelle du roi.
Le système est à sa mesure : les terres déclarées « vacantes » deviennent domaniales, l’impôt se paie en nature, des concessions sont cédées aux compagnies, la Force publique fait rentrer les quotas. Quatorze districts, des zones, des secteurs, des postes, un commissaire européen à chaque étage – et des agents payés à la prime, selon le mécanisme que le socialiste Émile Vandervelde dénoncera à la Chambre belge : plus le caoutchouc est obtenu à bas prix, par n’importe quel moyen, plus la prime monte.
La conjoncture fait le reste. John Boyd Dunlop invente le pneumatique en 1888 ; la bicyclette, puis l’automobile font exploser la demande : la récolte congolaise passe d’une trentaine de tonnes en 1887 à près de six mille en 1903. Quotas, otages, mains coupées, villages brûlés : une hécatombe que les historiens chiffrent en millions de morts – jusqu’à dix selon les estimations hautes, soit la moitié de la population d’alors.
La chute vient de l’opinion. Le missionnaire Murphy alerte le Times dès 1895 ; Edmund D. Morel et la Congo Reform Association documentent, Roger Casement enquête (rapport de 1904), et la Commission internationale que le roi doit lui-même instituer confirme tout (1905) ; Conrad, Twain, Conan Doyle s’en mêlent. Le 15 novembre 1908, sous la pression internationale, Léopold II doit céder sa colonie à l’État belge ; il meurt l’année suivante, sans n’avoir jamais mis les pieds au Congo.
Dans le roman
Sa main droite, elle, était restée dans une autre vie. Une vie confisquée par Léopold II. Chap. XXVI.
— N’empêche qu’il s’est bien enrichi, tonton Léopold, dit Karamandis, admiratif. Chap. XXXV.
La couverture d’un magazine belge attire mon attention. Un dossier à la une, illustrée de la statue équestre de Léopold II place du Trône, à Bruxelles : « Léopold II : bâtisseur ou fossoyeur ? » Chap. XLIII.
