Boom Boom

Boom Boom

Artiste

John Lee Hooker

Année
1962
Registre
Blues
Chapitre

LII

Une partie de poker est une machine à mentir. On bluffe, on garde ses cartes en éventail contre son torse, on change une seule carte en annonçant que « le reste est bon ». Par-dessus cette table, le narrateur écrit deux mots : « Sincérité du blues. »

C’est le seul jugement de valeur du chapitre, et il ne porte sur aucun des joueurs. Il porte sur ce qui sort de la platine.

Ce qu’il en reçoit, il le décrit par le corps et jamais par l’oreille : ses pieds tapaient de joie, ses poings de colère, son corps n’était que larmes. Trois réactions, pas un mot. Sur cette terrasse où il n’a pas le droit d’être, la musique lui rend la seule chose qu’on ne puisse pas lui confisquer, un rythme.

La géographie fait le reste. Ces voix viennent du Mississippi, c’est-à-dire de gens que l’Afrique a perdus. Elles arrivent à Kinshasa, dans les oreilles d’un enfant métis, pendant que d’anciens coloniaux évaluent leur œuvre. Il le dit en un mot composé : dans ses veines coulait le Zaïre-Mississippi. Le blues rentre au pays par une platine, et le seul qui l’accueille est celui qui n’appartient à aucune des deux rives.

Dans le roman

Sur la platine, un vieux disque de blues tournait en rond, avec le souffle de fond d’un lointain crachin. Une guitare se traînait sur trois accords nostalgiques. À des années-lumière, dans le Mississippi, gémissait la voix grave de John Lee Hooker : Boom Boom*. Chap. LII.

Archives

John Lee Hooker en concert, Boom Boom, 1969.