Les vieux bateaux

Les vieux bateaux

Artiste

Édith Piaf

Année
1948
Registre
Chanson française
Chapitre

XXXV

Seule des sept de la soirée, cette chanson ne sort pas de la platine. C’est un surnom. Édith appelait ces hommes « les papys du gin », ou bien « les vieux bateaux ». Et le second nom, elle l’a pris chez Piaf.

D’où une ambiguïté que le roman ne lève jamais. Dans ce chapitre, Édith chante et Édith baptise. La chanteuse et la mère portent le même prénom, et c’est le seul endroit du livre où l’on hésite un instant sur laquelle des deux est à l’œuvre. Deux femmes mortes, dont l’une a prêté ses mots à l’autre pour se moquer.

Le portrait, lui, est d’une exactitude qui n’a rien d’un hasard. Des navires qui ont couru le monde et n’ont plus que leurs souvenirs. Une mâture immobile dans un bassin, pareille à des arbres morts. Une vieille tête qui radote des exploits disparus. Et des coques désarmées qui, le soir venu, se racontent entre elles leur passé. C’est la barza, ligne à ligne : le gin, les médailles, les mêmes histoires reprises une fois par mois.

Le poème comporte pourtant une figure de plus, et le roman ne la commente pas. Les vieux bateaux ne parlent pas seulement entre eux : ils parlent aussi à une « petite chaloupe » amarrée près d’eux, à qui ils débitent des histoires de vieux marins. Derrière le mur mitoyen, un enfant écoute.

Reste la cruauté que personne n’a vue venir, et sûrement pas celle qui a trouvé le surnom. Édith finira ses jours en France au milieu de sa collection de souvenirs africains, veuve depuis dix jours, à radoter un passé qui avait eu lieu ailleurs. Le mot dont elle s’était servie pour désigner les hommes de la barza l’attendait.

Dans le roman

« Les papys du gin », Édith les appelait aussi Les vieux bateaux. Chap. XXXV.

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