Pourboire, bakchich, petite corruption ordinaire.
Le matabiche, c’est le pourboire dans toutes ses nuances – de la pièce qu’on glisse au bakchich qu’on exige. Le mot vient du portugais matar o bicho, « tuer le ver » : le petit verre d’alcool avalé à jeun que les travailleurs réclamaient en prime, et dont le nom a glissé, le long des routes du commerce, vers toute gratification qui huile les rouages. Au Zaïre des barrages routiers, le matabiche a ses usages, son étiquette et son cours – variable selon l’humeur du guichet. Le mot entre en littérature avec Gide, en 1927, dans Voyage au Congo ; Césaire le mettra dans la bouche de ses banquiers, dans Une saison au Congo.
Dans le roman
Casqués et armés de fusils-mitrailleurs, les policiers militaires veillaient à chaque carrefour. On aurait pu croire que la sécurité était assurée. C’était presque le contraire : ces soldats étaient de fervents adeptes de la concussion décomplexée. Ils dressaient des barrages sans raison ou arrêtaient les gens pour des infractions imaginaires, même les piétons, s’ils ne se mettaient pas au garde-à-vous à la montée des couleurs quotidienne rythmée par La Zaïroise. Ils exigeaient les papiers, et, manquement ou pas, il fallait, pour les ravoir, allonger un matabiche. Pour ceux à qui venait la mauvaise idée de créer des matata, le cours du matabiche s’envolait comme une colonie de flamants roses à l’approche du crocodile, et ce n’était plus un policier qu’il convenait de soudoyer, mais trois ou quatre qu’il fallait arroser pour récupérer ses papiers. Chap. XXIII.
Au fond, les matabiches que les policiers exigeaient des « contrevenants », c’était un peu, pour ces artistes de rue, comme de travailler au chapeau. Chap. XXV.
Comme matabiche [en parlant des défenses d’ivoire escamotées], c’est quand même plus encombrant que les diamants, dit Karamandis, jouant avec sa chaînette en or. Chap. XXXV.