Marque française de petit-déjeuner chocolaté, dont le tirailleur souriant et le « Y’a bon » ont nourri un siècle de clichés.
La recette vient du Nicaragua, dans les bagages du journaliste Pierre Lardet ; la marque est déposée le 31 août 1914 et l’usine s’installe à Courbevoie. Dès 1915, la guerre aidant, l’Antillaise des premières boîtes cède la place à un tirailleur sénégalais hilare dessiné par Giacomo de Andreis, et le slogan arrive avec lui : « Y’a bon », deux mots de petit nègre promus argument de vente. Des wagons de poudre partent pour les tranchées ; l’ami Y’a bon, lui, s’installe pour six décennies sur les boîtes et les murs de France, jusqu’à son retrait dans les années soixante-dix. Senghor jurait d’arracher ces sourires des murs ; c’est l’usure qui les a décrochés.
Dans le roman
Déroutés par mes réactions singulières, mes asticoteurs montèrent au cran rhétorique ultime : l’attaque ad personam, le sobriquet, la charge suprême… la mise à mort. Ils me surnommaient : « Banania ». Quand ils me croisaient, ils lançaient : « Y’a bon Banania ! », avec des rires goguenards. Encore une fois, je ne détenais pas la référence. L’insulte glissait sur moi comme une étiquette sans colle. Je ne connaissais pas Banania. À Kin, je buvais du Nesquick. Leurs tarabustages ne me faisaient pas réagir ; j’étais étranger à leurs insultes. Décontenancés, ils consentirent à rendre les armes. C’est comme ça que, malgré moi, j’ai vaincu le racisme en trois semaines, sans haine et sans violence. Chap. XXIV.
Après la séquence Banania, je fus respecté, même si je n’arborais pas la tenue vestimentaire conforme du « minet bordelais ». Chap. XXIV.
