Petit nègre

Petit nègre

Langue
français colonial
Catégorie
Mots & expressions
Chapitres
XXIV

Français de caserne réduit à l’infinitif, codifié par l’armée coloniale pour ses tirailleurs, devenu la caricature du Noir parlant français.

Le petit nègre naît au XIXe siècle dans les compagnies de tirailleurs, entre des recrues qui parlent bambara ou wolof et des gradés qui ne parlent que français. En 1916, en pleine guerre, l’Imprimerie militaire publie un manuel anonyme, Le français tel que le parlent nos tirailleurs sénégalais, qui en fait une langue de service à l’usage des officiers : les verbes à l’infinitif, « y a » pour être et avoir, « y a bon » pour aimer, les articles supprimés. L’armée n’enseigne plus le français à ses soldats ; elle enseigne à ses officiers comment le défigurer. L’année précédente, Banania avait lancé son tirailleur souriant et son « Y’a bon », qui tiendra jusqu’en 1977 sur les murs et les boîtes ; Senghor jurera, en 1948, d’arracher ces sourires des murs de France.

Ce sabir est un produit de l’Afrique française. François, lui, ne l’a jamais entendu de la bouche d’un Africain : c’est à Bordeaux, au pensionnat de Tivoli, qu’il le découvre, dans la bouche de camarades qui croient imiter l’Afrique et imitent les Antilles. L’insulte est un déguisement ; encore faut-il que la victime reconnaisse le costume.

Dans le roman

Ils me parlaient en petit nègre : « Toi aimer gwimper dans les abwes ? Toi y’en a compwendwe qu’est-ce que je dis ? ». Là encore, je ne voyais pas du tout à quoi ils faisaient allusion. Je ne commettais jamais de fautes de syntaxe. Je ne pouvais pas me sentir visé. Et surtout, je n’avais jamais entendu d’Africains s’exprimer de la sorte. Je sus plus tard qu’ils imitaient l’accent antillais. Chap. XXIV.

Ces types, qui maîtrisaient à peine leur langue, croyaient m’insulter en faisant de moi une caricature dont je ne présentais même pas les traits. Je ne risquais pas d’en être affecté, puisque je ne comprenais pas le concept. Chap. XXIV.

Archives

Ci-dessous les pages préliminaires du manuel Le français tel que le parlent nos tirailleurs sénégalais.

image
image

Source : le manuel de 1916 sur Gallica.