Citoyen

Citoyen

Langue
français du Congo
Catégorie
Mots & expressions
Chapitres
LIV

Appellation officielle du Zaïre de Mobutu, substituée en 1974 à Monsieur, Madame et Mademoiselle.

Le mot a deux siècles de service. La Commune de Paris, en 1792, demandait déjà qu’on remplace monsieur par citoyen pour en finir avec les révérences ; le Zaïre de Mobutu le reprend pour en finir, dit-il, avec l’Occident. Pour tourner le dos à l’ancien colonisateur, le régime emprunte le mot le plus parisien de la Révolution. « Citoyen » ferme la marche des grandes mesures de l’authenticité, dans un ordre presque liturgique : le pays, le fleuve et la monnaie rebaptisés Zaïre en 1971, les prénoms chrétiens abandonnés en 1972, l’abacost imposé aux hommes en 1973, la salutation en 1974. Monsieur et Madame deviennent des mots suspects ; les fonctionnaires, et tous ceux qui tiennent aux bonnes grâces du régime, disent citoyen et citoyenne.

Dans la bouche des amis de François, à son retour à Kin après cinq années d’absence, la formule change de camp : on la lance par dérision, entre deux rires. Le plus troublant n’est pas le salut ; c’est le prénom qui a disparu derrière lui.

Dans le roman

Chaque fois qu’un nouveau convive arrivait, c’était la même réaction : « Mais qu’est-ce que tu as grandi, Citoyen ! » Je souriais, j’avais oublié cette formule : « citoyen ». C’est de cette façon, plus authentique d’après lui, que Mobutu souhaitait que les Zaïrois se saluassent depuis 74. Nous faisions de même par dérision. Les appellations « Monsieur », « Madame », « Mademoiselle » étaient proscrites, car trop occidentales. « Salut, Désiré. — Eh, non ! Je m’appelle Nzenza, désormais. Vive l’“authenticité” ! » Chap. LIV.

Archives