Mains coupées

Mains coupées

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Histoire
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Chapitres
XXXIXXLIIILIILIV

Mutilation emblématique de la terreur léopoldienne.

Dans le système du caoutchouc rouge, la hiérarchie exige des sentries qu’ils justifient chaque cartouche tirée : la preuve, c’est une main droite, tranchée sur le cadavre, ou sur le vivant quand la cartouche a manqué sa cible ou servi à la chasse. Des paniers de mains fumées remontent vers les postes pour le comptage : les postes sont à des jours de marche, et la preuve doit arriver intacte ; on fume donc les mains au-dessus d’un feu lent, comme des viandes, pour qu’elles se conservent jusqu’au décompte. Le missionnaire afro-américain William Sheppard tombe, en 1899, sur l’un de ces fumoirs, un cadre de bâtons au-dessus d’une braise : il y compte quatre-vingt-une mains droites. Dès le 18 novembre 1895, le missionnaire américain Murphy alerte l’opinion dans le Times : « La question du caoutchouc est au cœur de la plupart des horreurs perpétrées au Congo. Les soldats conduisent les gens dans la jungle ; s’ils ne veulent pas, ils sont abattus, leurs mains sont coupées et portées comme trophée au commissaire. » Les mutilés, eux, survivent parfois ; leurs photographies, diffusées par les missionnaires et la Congo Reform Association, soulèvent l’opinion mondiale, et la main coupée devient le symbole même de la barbarie du régime de Léopold II, jusque dans les débats mémoriels d’aujourd’hui.

Dans le roman

Un peu plus loin, un askari fumait une main coupée au bout de sa machette. Il avait défait son ceinturon et déboutonné sa tunique bleue. Son front ruisselait sous le fez rouge. À côté, reposaient, à même la terre, sa giberne, sa gourde et son Albini, baïonnette au canon. Chap. XXXIX.

La main coupée semblait occuper toute la table. Elle envahissait les esprits des convives. Chap. XXXIX.

« Quand l’un des capitas sous mes ordres m’a ramené, pour le comptage, le panier rempli… c’est l’éclat d’un cauri qui a tiré mon œil… J’y ai vu un signe… Santa Maria… J’ai… j’ai voulu la garder… C’était à cause d’un manquement au quota de caoutchouc… Léopold II avait des ambitions… Je me souviens très bien : un petit village, à trois jours de marche… Sur signalement du chef de poste de l’ABIR… Chap. XXXIX.

Car s’il est bien un symbole de la barbarie de Léopold, c’est la main coupée. Chap. XLIII.

Archives

Nsala, originaire de Wala (district de Nsongo), affligé devant la main et le pied coupés de sa fille de cinq ans, mutilées par les sentries de l’ABIR, État indépendant du Congo, 1904. Photo : Alice Seeley Harris.
Nsala, originaire de Wala (district de Nsongo), affligé devant la main et le pied coupés de sa fille de cinq ans, mutilées par les sentries de l’ABIR, État indépendant du Congo, 1904. Photo : Alice Seeley Harris.
Congolais et Congolaises mutilées, État indépendant du Congo, entre 1900 et 1905. Photo anonyme.
Congolais et Congolaises mutilées, État indépendant du Congo, entre 1900 et 1905. Photo anonyme.
Missionaire de la mission Congo-Balolo et jeune homme mutilé, État indépendant du Congo, entre 1890 et 1908. Photo anonyme.
Missionaire de la mission Congo-Balolo et jeune homme mutilé, État indépendant du Congo, entre 1890 et 1908. Photo anonyme.
Congolais montrant des mains coupées, EIC, 1904. Photo : Alice Seeley Harris.
Congolais montrant des mains coupées, EIC, 1904. Photo : Alice Seeley Harris.