Le beurre de cacahuète des Néerlandais ; « fromage de cacahuète », mot à mot, la loi leur interdisant le mot « beurre ».
Quand Calvé lance le beurre de cacahuète aux Pays-Bas, en 1948, la loi réserve le mot boter aux matières grasses laitières : il faut trouver autre chose. Ce sera pindakaas, « fromage de cacahuète », en souvenir du pinda-dokkunnu du Suriname, colonie néerlandaise où des blocs de cacahuètes pilées se tranchaient comme un fromage. Le nom absurde a fait fortune : le pindakaas est devenu une passion nationale, au point qu’on tartine aux Pays-Bas plus de cacahuète que nulle part ailleurs en Europe. Et la marque au pot n’est pas n’importe laquelle : Calvé naît à Delft d’une huilerie fondée en 1883 pour presser l’arachide, mariée en 1898 à l’entreprise bordelaise des frères Calvé, absorbée en 1928 par la Margarine Unie ; quand celle-ci épouse Lever Brothers en 1930, Calvé entre dans la corbeille d’Unilever, où elle est restée. Sur les tables flamandes du Congo, le pot voisinait donc naturellement avec le Gouda – et sortait, comme le savon Sunlight et l’huile des concessions du Kwilu, de la même maison-mère : les exactions au Congo, l’empire s’en tartinait et s’en lavait les mains.
Dans le roman
Lorsqu’ils [les Van Acker] nous invitaient en retour, c’était en parfait contraste avec l’art de recevoir d’Édith. On ne mangeait que des tartines, pas des sandwichs – des tartines : du pain de mie avec quelque chose dessus. Trois ou quatre pains de mie, dans leur sachet, étaient posés sur la table. Parfois quelques pistolets oblongs s’y ajoutaient. Et chacun se débrouillait pour composer son menu, en étalant ce qu’il voulait sur sa tranche, pâle comme un Mundele tout juste débarqué : tartines de jambon, tartines de pâté, tartines de Gouda, tartines de pindakaas (beurre d’arachide), tartines de confiture (on aurait aussi bien pu dire « tartine de sucre »), tartine de Pastador, une pâte au chocolat… et même pas une tartine au beurre. Chap. XXIV.