Combat de boxe Ali-Foreman, disputé à Kinshasa le 30 octobre 1974.
Mobutu paie dix millions de dollars pour offrir au Zaïre le championnat du monde des lourds : après l’humiliation des Léopards à la coupe du monde de football, le régime veut sa revanche planétaire. L’événement s’appellera The Rumble in the Jungle, « Baston dans la jungle ». Au stade du 20-Mai, à quatre heures du matin pour les télévisions américaines, George Foreman, invaincu, affronte Mohamed Ali, la légende en reconquête. Annoncé le 20 mai, prévu le 25 septembre, le combat est repoussé au 30 octobre : Foreman s’est ouvert l’arcade à l’entraînement. Kinshasa a choisi son camp : « Ali, boma ye ! ». Au huitième round, Ali cueille le colosse : KO, titre repris, légende scellée. En marge, le festival Zaïre 74 réunit James Brown, Miriam Makeba et les orchestres du pays, dont Zaïko Langa Langa, dopé par ce concert-là. Le documentaire When We Were Kings, oscarisé, en fera un mythe. La propagande voulait un sacre ; elle a eu un conte.
Dans le roman
En 1974, afin de renforcer son image et celle de son pays à l’international, le président Mobutu réussit, à grands coups de dollars, à monter dans la capitale, au stade du 20 mai, une monumentale distraction : le Championnat du monde des poids lourds de boxe anglaise opposant George Foreman, champion en titre, à la légende Mohamed Ali. Le dictateur se devait de rattraper l’échec de l’équipe de foot nationale, éjectée sans appel dans le tour initial de sa première coupe du monde. Le combat du siècle fut baptisé : « The Rumble in the Jungle » (« Baston dans la jungle »). Ce match s’annonçait comme l’acmé d’un festival au cours duquel on put entendre, entre autres, James Brown, B. B. King et Miriam Makeba. Toute la ville s’électrisait. À l’école, au travail, dans les familles, on ne parlait que de ça. Dans ma classe, l’événement provoquait des discussions enflammées auxquelles participaient même nos professeurs. En tout lieu pétillait l’excitation. Chap. XXIII.
Ali avait réussi à s’attirer la sympathie de tout un peuple en effervescence. Je me souviens l’avoir vu passer en petites foulées, simulant des coups de poing, à quelques centimètres de moi. J’aurais pu, en tendant le bras, essuyer la sueur de son front. Chap. XXIII.
Le match, annoncé depuis le 20 mai, jour commémoratif du Mouvement populaire de la Révolution, le parti unique du président-fondateur, était prévu pour le 25 septembre. Mais, comme dans tout drame qui se respecte, il y eut un phénoménal rebondissement. George Foreman se blessa à l’entraînement. Plusieurs jours s’écoulèrent sans qu’une nouvelle date fût communiquée. Des tractations se menaient en coulisses. Les spéculations allaient bon train. Qu’était-il arrivé ? Certains craignaient l’annulation. Mais non – Mobutu, le Léopard du Zaïre, tenait à sa propagande : le combat fut nouvellement fixé au 30 du mois suivant. Ce n’était qu’une petite entaille à l’arcade sourcilière. Les timbres de l’événement, déjà imprimés, furent mis à jour par surcharge. En tant que collectionneur, je m’en réjouis : cela augmentait leur cote. Chap. XXIII.
